lundi 26 mars 2018

Le début de la fin ?

Est-ce que l'historiographie de la fin du siècle retiendra 2018 comme étant celle du début de la fin de notre société thermo-industrio-financière ? (c'est-à-dire la transition vers un autre monde que celui que nous connaissons actuellement ?)

Après une année boursière 2017 étincelante, correction sur les marchés en janvier 2018, baisse des crypto-monnaies (de moitié pour le bitcoin entre la fin de l'année passée et le début de celle-ci), et un mois de février en dents de scie, source d'incertitudes pour la suite. La probable remontée des taux d'intérêts US sonnant le glas de la flambée des actions, la finance entre-t-elle dans une période de turbulences prolongée ?

Après la guerre des monnaies que s'est notamment livrée le dollar et le yuan dernièrement, place à la guerre commerciale déclenchée par Trump en décidant de taxer l'acier et l'aluminium à l'import. "Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner", a-t-il dit. Nous verrons...

Dans un autre registre, il sera aussi écrit que cette année, la ville sud-africaine du Cap sera la première ville développée à connaître une pénurie sévère d'eau. Beaucoup d'autres villes sont menacées de la rejoindre dans un futur plus ou moins proche : Los Angeles et San Diego, Lima et Caracas, Dar es Salaam, Jaipur (qui comptent toutes un ou plusieurs millions d'habitants...). Ainsi, d'ici 2050, une grande ville sur six (!) dans le monde devra faire face à des pénuries d'eau, en raison de l'augmentation de la consommation, l'explosion démographique et le réchauffement climatique (sécheresse).

L'eau n'est pas la seule denrée qui pourrait se raréfier : de nombreux métaux utilisés dans l'industrie et l'informatique n'ont pas des réserves connues qui vont au-delà de la décennie des années 2030. Les énergies fossiles, nos esclaves des temps modernes, sont aussi amenées à se tarir, à moins que ce soit leurs émissions polluantes qui nous oblige à y renoncer plus vite que prévu, si la survie de notre biosphère en dépend. "Eco-fascisme" ? Un scénario possible, si des mesures vertes doivent être finalement imposées de manière autoritaire à tous, dans un sursaut de survie qui arriverait bien tardivement. Comme pour le confirmer, le conseil mondial de la biodiversité (IPBES, composé de 550 experts) vient d'adopter un rapport le 22 mars à Medellin en Colombie, pointant l'extinction massive des espèces, la dégradation des sols, et la menace que cela fait peser sur l'agriculture et donc notre sécurité alimentaire.

2018-2050, trois décennies où l'humanité joue son avenir. Assisterons-nous à la même inaction que celle qui a prévalu ce dernier demi-siècle, alors que le scénario est connu dès 1972 avec la publication du rapport au Club de Rome "Limits to Growth" ? Si c'est le cas, nul doute que l'historien du futur étudiera cette période avec une certaine fascination morbide. Et pour nous autres qui la vivrons, nous nous consolerons de son côté tragique en nous disant que nous écrivons une page mémorable (de la fin) de notre civilisation.

mardi 6 février 2018

Oligarchie : complot vs réalité ?

En janvier, un journal de boulevard suisse a fait sa manchette, sa une et une double page sur les théories du complot à la mode.

Parmi elles, quelques absurdités au sujet de la terre qui serait plate, et autres imbécillités. Et, noyée au milieu de ces fadaises, une thèse soi-disant conspirationniste affirmant qu'une oligarchie, composée des élites financières et économiques, détient le pouvoir mondial.

Le même mois de janvier (lundi 22 janvier pour être précis, soit la veille du raout du WEF à Davos, et ce n'est pas une coïncidence), une étude publiée par l'ONG Oxfam sur les inégalités indique que les ultra-privilégiés sont toujours plus riches : en 2017, 50% de la population mondiale n’a pas touché le moindre bénéfice de la croissance, alors que le 1% le plus riche a empoché 82% des richesses mondiales. Quelques dizaines de multi-milliardaires détiennent plus que la moitié de l'humanité la plus pauvre.

Le lendemain (donc mardi 23 janvier pour être précis), le président suisse Alain Berset, dans son discours d'ouverture du 48ème forum économique mondial (soit le WEF davosien précité), insiste sur les problématiques liées aux sources d'instabilités mondiales, au changement climatique, et justement, aux inégalités.

Mais circulez, il n'y a rien à voir.

Les plus riches vont continuer de s'enrichir au détriment de la majorité démunie et silencieuse, ils vont continuer à bénéficier de paradis fiscaux pour éviter toute redistribution de leurs richesses et ainsi garder leurs fortunes rien que pour eux sans rien partager. Les entreprises vont elles aussi poursuivre à profiter d'optimisations fiscales, à enrichir leurs actionnaires grâce à leurs bons résultats tout en continuant à réduire leurs effectifs (le français Carrefour, l'américain Kimberley Clark, Credit Suisse, etc., pour ne citer que les restructurations les plus récentes médiatisées début 2018).

Et qu'en disent les contribuables moyens, taillables et corvéables à merci ? Rien. Pétri d'individualisme, abrutis derrière leurs écrans, ils assistent sans réagir à ce hold-up, véritable casse du 21ème siècle. Aucun mouvement social, pas le moindre désordre à l'horizon. L'oligarchie a de beaux jours devant elle, elle qui parvient même à dissimuler sa propre existence en se faisant passer pour un complot !

mercredi 3 janvier 2018

Orlov versus Deion : quel avenir ?

Le titre de cet article est évidemment provocateur. Loin de moi l'idée de me comparer à l'illustre Maître Orlov.

Ce dernier ayant publié un article l'automne passé ("Quel avenir ?") qui rejoint mes propres réflexions, je n'ai pu m'empêcher de le rapprocher de mon analyse personnelle.

Dans cet article, Orlov propose de deviner la forme générale de l’avenir en se concentrant sur les quatre facteurs suivants : le climat, l’énergie, la population et la géopolitique.

Voici ci-dessous un résumé de ces quatre facteurs, en commençant par le climat.


L’augmentation spectaculaire des niveaux de dioxyde de carbone et de méthane dans l’atmosphère permettent déjà d’envisager plusieurs impacts importants. Les cyclones tropicaux sont plus intenses et plus humides, entraînant des inondations massives et des dommages aux infrastructures. Pendant ce temps, des incendies sans précédent ont ravagé certaines parties de la côte ouest américaine. De telles tendances continueront vraisemblablement à mesure que ces événements destructeurs vont augmenter en intensité.


En plus des inondations et des incendies, il y a de fortes chances que des vagues de chaleur estivales catastrophiques suffiront à mettre en panne le réseau électrique dans des pays comme les États-Unis, où la population dépend de la climatisation pour survivre et où le réseau électrique est terriblement périmé. La plupart des États de l’ouest des États-Unis seront confrontés à de tels événements catastrophiques et progresseront lentement vers des conditions beaucoup plus arides, où l’agriculture deviendra peu à peu intenable à mesure que le paysage redeviendra désertique.


Au sujet de l'énergie, Orlov rappelle que les sources renouvelables, telles que les éoliennes et les panneaux solaires, ne peuvent pas être produites ou entretenues sans une industrie basée sur les combustibles fossiles et elles vont produire une électricité pour laquelle il n’y aura pas beaucoup de demande une fois que l’industrie des combustibles fossiles aura disparu. De plus, ces sources d’électricité sont intermittentes, alors que l’électricité est notoirement chère et difficile à stocker, tandis que les utilisations résiduelles de l’électricité – communications, sécurité, équipement de contrôle, etc. – nécessitent un approvisionnement régulier.


Compte tenu de ces tendances en matière de météorologie et d’énergie, les pays auront des capacités différentes pour maintenir une population importante. En Europe, les populations indigènes diminueront en raison de leurs très faibles taux de natalité, alors qu'en Afrique, des taux de natalité très élevés conduiront à à conditions misérables et un surpeuplement menant à la violence et à la guerre.


Reste la géopolitique. Jusqu’à tout récemment, les États-Unis et l’Europe de l’Ouest ont réussi à rediriger vers eux la part du lion de la richesse naturelle restante de la planète. Le système financier érigé après la Seconde Guerre mondiale a été truqué afin que les institutions bancaires occidentales puissent servir de garde-chiourme au monde entier, prêtant à faible taux à leurs copains et à des taux élevés au reste du monde, menaçant quiconque refusant de jouer à ce jeu par des sanctions économiques, des assassinats politiques ou des guerres. Globalement, cela leur a permis de simplement imprimer de l’argent pour acheter ce qu’ils voulaient tout en forçant les autres à travailler pour eux. Un aspect clé de ce régime était que les exportations mondiales de pétrole étaient cotées et devaient être payées en dollars américains. Ce programme est actuellement en phase terminale. Ce qui le remplacera est encore incertain. Mais ce qui est certain, c’est qu’à l’avenir, les gouvernements d’Europe occidentale et d’Amérique ne seront pas en mesure d’extorquer tout ce dont ils ont besoin au reste du monde pour soutenir artificiellement leur si confortable niveau de vie.


Mes propres réflexions intègrent bien évidemment ces facteurs et je rejoins Orlov dans son analyse, même si je les articule de façon différente, plus dans un continuum temporel/historique (voir mon livre) que dans une approche spatiale/géopolitique.


Les quatre facteurs que je retiens pour ma part sont ceux de l'instabilité financière, la raréfaction des ressources, les atteintes à la biosphère, et les problématiques démographiques.


La première crise qui s'annonce sur le court terme (années 2020) sera financière, causée par l'abus des politiques accommodantes actées par les banques centrales depuis la crise des subprimes et le krach qui a suivi (2007-2009) : taux zéro, endettement massif, quantitative easing et planche à billets. Couplées à un essor sans précédent de la finance de l'ombre non régulée (shadow banking), ces tendances ont mené à la création de bulles et à la fragilisation du système financier dans son ensemble. Gare à la chute de l'économie, lorsque ce château de cartes s'effondrera.


La deuxième crise qui s'annonce sur le moyen terme (dès la décennie des années 2030) est celle de la raréfaction des ressources : eau, terres agricoles non touchées par la désertification ou la montée des océans (une des première conséquence de la crise suivante), certains métaux utilisés dans l'industrie, et fin de l'énergie bon marché.


La troisième crise qui s'annonce est liée aux atteintes portées à la biosphère, dont les conséquences les plus visibles (et les plus tragiques) se verront à plus long terme (années 2040). Pas seulement le changement climatique, mais aussi les pollutions, l'extinction des espèces (faunes et flores) liée en particulier à la disparition de leur habitats, etc.


La dernière crise qui s'annonce est démographique (dès les années 2050) : surpopulation, d'une part, ce qui mettra une pression supplémentaire sur des ressources en diminution (voir deuxième crise). D'autre part, vieillissement de la population, ce qui fera imploser le système des retraites qu'il ne sera plus possible de financer, et maintiendra une croissance atone (les personnes âgées ne consomment plus, et n'auront plus les moyens de le faire !). Sans croissance, comment les Etats pourront acheter la paix sociale (difficultés à financer non seulement les retraites, mais aussi les autres allocations) ? La suite, on la connaît, inégalités, votes contestataires et troubles sociaux sont déjà à l'ordre du jour...

dimanche 31 décembre 2017

Prise de position à propos de la transposition de la directive UE sur les armes dans le droit suisse

Depuis un an, j'ai publié plusieurs articles au sujet de la directive UE limitant l'achat et la détention légale d'armes par les citoyens européens.

La Suisse, non membre de l'UE mais signataire de Schengen, devrait reprendre ces restrictions. Un avant-projet a été mis en consultation, et de nombreuses associations se sont exprimées à cette occasion, même au-delà des sociétés de tireurs ou collectionneurs.

Je publie l'une de ces prises de position ci-dessous, et pour ce faire j'ai choisi celle de la Société genevoise de tir tactique, car elle me semble tout à fait représentative des inquiétudes que le citoyen suisse est en droit d'avoir au sujet de la limitation de ses droits et de l'atteinte à ses libertés :

"De manière générale, nous estimons que l’avant-projet n’utilise pas suffisamment la marge de manœuvre qui est laissée à la Suisse pour se conformer au droit européen - dans la mesure où cela est impérativement nécessaire, ce dont nous doutons. En effet, la directive européenne est en parfaite contradiction avec les traditions démocratiques suisses, en particulier la notion de citoyen-soldat et d’armée de milice. En passant, pour les armes utilisées par les tireurs sportifs et de loisir sérieux, d'un système d’autorisation de police (qui doit être accordée lorsque les conditions sont remplies) à un système d’autorisation exceptionnelle (dont l’octroi relève du bon vouloir de l’autorité), l’avant-projet porte une atteinte intolérable aux libertés des honnêtes citoyens qui se trouvent ainsi d’emblée traités comme criminels potentiels. Une telle approche contribuera à détruire le rapport de confiance réciproque qui existe traditionnellement en Suisse entre l’Etat et ses citoyens, et qui est un élément fondateur de la réussite et de la cohésion de notre pays.
Enfin, s’agissant de l’utilité d’un nouveau durcissement de la réglementation relative aux armes, notons encore qu’une telle mesure n’aurait aucun effet positif pour la lutte contre le terrorisme, étant rappelé que les terroristes n’ont besoin d’aucune autorisation pour louer un camion ou une voiture ni encore pour se procurer une arme illégale. Faut-il rappeler ici que la Suisse n’a subie à ce jour aucune attaque terroriste comparable à nos voisins européens et compte tenu de sa neutralité armée, la Suisse ne participe à ce jour à aucun conflit. 
Pour ces motifs, nous rejetons le principe même du projet de révision de la Loi sur les armes.
Nous formulons pour le surplus les observations suivantes sur quelques points de l’avant-projet qui nous paraissent particulièrement inacceptables :

Accessoires d’armes (Article 4)

Une limitation de la capacité des magasins n’a aucune utilité pour réduire les risques d’attentats ou de tuerie de masse, car les auteurs potentiels emporteront tout simplement plus de magasins avec eux, sachant qu’un changement de magasin ne nécessite qu’une seconde ou deux et ne ralentit donc pas de manière significative un tireur malveillant. Les États qui ont mis en place des restrictions dans ce domaine ont par ailleurs tous échoué à réduire par ce biais les risques d’un usage abusif des armes à feu par les criminels et les terroristes. Cette mesure est donc particulièrement disproportionnée, inappropriée et inefficace par rapport aux buts à atteindre.

Affectation aux catégories d’armes (Article 5)

Notre critique principale concerne l’attribution de certains types d’armes à feu semi-automatiques à percussion centrale à la catégorie d’armes interdites (d’une part les armes équipées d’un chargeur de grande capacité et d’autre part les armes à feu à épauler semi-automatiques pouvant être raccourcies à moins de 60 cm).
Comme évoqué ci-dessus, il n’est pas acceptable que l’obtention d’une autorisation pour acquérir, voire simplement conserver des armes de ce type ne soit plus un droit, mais dépende de la bonne volonté de l’autorité cantonale. Le Dossier de presse - Mise en œuvre de la directive de l’UE sur les armes du 29 septembre 2017 indique à ce sujet ce qui suit : «Les tireurs sportifs qui désireront à l’avenir acquérir une arme visée par la nouvelle réglementation pourront toujours le faire. Ils recevront une autorisation à condition de remplir une des deux conditions suivantes : [...]». Or cela est faux, car l’octroi de l’autorisation n’est aucunement garanti. Au contraire, le texte de l’avant-projet indique clairement qu’une «autorisation exceptionnelle [..] ne peut être délivrée qu'aux conditions suivantes [...]». En d’autres termes, celui qui ne remplit pas les conditions n’aura bien évidemment pas l’autorisation, mais celui qui les remplit n’en peut pas non plus être certain, car il n’y a par définition pas d’obligation pour une autorité administrative de délivrer une autorisation exceptionnelle. Ce point doit impérativement être modifié dans le sens qu’il existe un droit à l’obtention d’une autorisation exceptionnelle pour l’acquisition de ces types d’armes si les conditions sont remplies.

Autorisations exceptionnelles et pratique régulière du tir (articles 28b à 28e)

S’agissant précisément de ces conditions, elles ne sont pas formulées de manière suffisamment précise, en particulier en ce qui concerne le tir sportif. En effet, la marge d’appréciation d’une autorité cantonale pour déterminer si le tir sportif est exercé «régulièrement» est beaucoup trop grande. De même, il faut s’assurer que la notion de «tir sportif» soit comprise dans un sens large qui ne soit pas limité à la participation à des compétitions ni même à la pratique de disciplines réglementées par une fédération de sociétés de tir, mais qui comprend également le tir de loisir, fortement ancrée dans les traditions suisses.
Cela dit, nous rejetons l’introduction de la clause du besoin par principe démocratique. En effet, une telle clause du besoin et l’exigence de la preuve de pratique sont des mesures discriminatoires, totalitaires et incompatibles avec les libertés fondamentales. Il n’existe aucune approche similaire dans la pratique d’une quelconque autre activité, même si celle-ci peut mettre en danger un grand nombre de personnes. A titre d’exemple, personne n’a besoin de démontrer le besoin d’une voiture de sport, ni même de conduire pour posséder un véhicule.
Si nous voulons lutter conjointement contre l’usage abusif d’armes à feu, il serait ainsi plus judicieux de soumettre la délivrance d’un permis d’acquisition à la preuve d’une formation appropriée, en reconnaissant les formations dispensées par les Fédérations faîtières de tir et l’Armée suisse.

Conclusion

La Société genevoise de tir tactique :
- considère donc, tout en admettant qu’il est dans l’intérêt de la Suisse de se conformer à ses obligations découlant des accords de Schengen, que la nécessité d’un nouveau durcissement de la loi sur les armes n’est de loin pas démontrée ;
- constate que la Suisse est, pour l’instant, épargnée par le terrorisme extrémiste et que les mesures envisagées par la Directive sur les armes 91/477/UE sont disproportionnées par rapport aux objectifs à atteindre en matière de sécurité publique ;
- invite le Conseil fédéral à utiliser davantage sa marge de manœuvre afin de réduire au strict minimum l’atteinte portée aux droits des détenteurs d’armes et donc à la liberté individuelle des citoyennes et citoyens ;
- rejette catégoriquement l’attribution de certains types d’armes à la catégorie des armes interdites ;
- exige que chaque personne qui en remplit les conditions ait le droit d'obtenir l’autorisation nécessaire pour l’acquisition d’armes de ce type, sans être livrée au pouvoir d’appréciation discrétionnaire de l’autorité compétente.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, nos salutations les meilleures.
Daniel Wenker
Président SGTT

mercredi 1 novembre 2017

Allons-nous bientôt tous crever ?!

Un Youtubeur de talent (que je ne connais pas) a réalisé un remarquable court-métrage d'animation qui présente mon livre "Ruptures millénaires".

Ce petit joyau a été mis en ligne sur sa chaîne "L'Actu Animée" (328'000 abonnés).

280'000 internautes l'ont déjà regardé, je vous encourage à le voir à votre tour : https://www.youtube.com/watch?v=KoLCXfUuu2M








mercredi 25 octobre 2017

la société du pire

La société du pire, qu'est ce que ce serait ?

La société du pire, serait-ce celle où la crise économique serait permanente, avec son cortège d'austérité, de perte de pouvoir d'achat et de précarité ? Où l'intelligence artificielle, sous prétexte de compétitivité et de mondialisation, remplacerait l'employé par des robots, qui enrichissent leurs propriétaires, mais qui ne consomment pas... (début octobre, dans une interview à Bloomberg Markets, Sergio Ermotti, le CEO de la banque suisse UBS, a indiqué que la technologie pourrait se substituer à ses salariés, entraînant des dizaines de milliers de suppressions de poste au sein de l'entreprise qu'il dirige. Il estime aussi que les entreprises fabriquant des produits pourront diviser par deux leurs effectifs).


La société du pire, serait-ce celle où la sphère privée serait abolie ? Qui renoncerait pourtant à son existence virtuelle, en se retirant des réseaux sociaux, où règne la dictature du paraître ? Qui renoncerait aux objets connectés, smartphones et toutes ses applications intrusives, comme la géolocalisation et les messageries non sécurisées ? (mi-octobre, une faille de sécurité majeure des réseaux wifi est médiatisée : le protocole de chiffrement WPA2 est vulnérable, ce qui rend possible le vol d'informations comme les numéros de cartes bancaires. Ceci n'est que la plus récente des nombreuses mises en garde déjà rendues publiques, comme celles concernant aussi l'internet des objets destinés au grand public (bracelets connectés, etc.), aux propriétaires via la domotique (serrures connectées, caméras et systèmes d'alarme connectés), et aux professionnels (risques liés à la sécurité des données). 80% des objets connectés présenteraient de potentielles failles de sécurité).

La société du pire, serait-ce celle où la finance ferait la loi, malgré sa fragilité et son instabilité ? Après la crise de 2007-2009, il y a toujours aujourd'hui des banques en difficultés, mais certains appellent à une nouvelle dérégulation... Grâce aux taux d'intérêts bas, l'endettement n'a jamais été aussi élevé, que ce soit aux USA (Etat fédéral, cartes de crédit, prêts automobiles et étudiants, dettes contractées par les entreprises), en Chine (investissements massifs dans les infrastructures) et ailleurs. Malgré ces créances douteuses, les bourses sont au plus haut, les actions, survalorisées. Encore combien de temps, avant que la prochaine bulle n'éclate ?

La société du pire, serait-ce celle où on peut payer partout avec son téléphone portable, dans une société sans cash ? Ce qui obligera chacun à déposer tout son argent sur un compte, permettant d'imposer des taux négatifs à toute la population, et ainsi, d'introduire un impôt sur l'épargne... Ce qui permettra également de ponctionner les comptes en cas de krach, pour renflouer les banques ("bail in", comme à Chypre en 2013)... De plus, qu'adviendra-t-il des dépôts en cas de problème informatique ou électrique ? Les citoyens accepteront-ils de céder à leurs gouvernants le pouvoir de contrôler, de manipuler, de confisquer leur épargne ? Un projet de l'Union Européenne, révélé cet été par Reuters, autoriserait le blocage des comptes bancaires durant 20 jours pour éviter toute ruée aux guichets ("bank run")...

La société du pire, serait-ce celle où on prive le citoyen honnête et responsable de certaines de ses libertés fondamentales, comme celle d'avoir les moyens de se protéger dans le respect de la légitime défense et des lois en vigueur y relatives ? La directive européenne EU 2017/852, entrée en force cette année, restreint considérablement le droit d'acheter et de détenir légalement une arme à feu sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Pour rappel, les principaux modes opératoires utilisés par les djihadistes en Europe ont été les armes blanches (Marseille, Londres, Magnanville, Wurtzbourg, St-Etienne-du-Rouvray), et les véhicules béliers (Nice, Berlin, Londres, Stockholm, Barcelone). Moins utilisés ont été les attentats à la bombe, comme à Bruxelles, ou les armes achetées illégalement sur le marché noir, comme à Paris. Conclusion : depuis 2015 en Europe, le nombre de victimes d'actes terroristes par armes achetées légalement chez un armurier (visées par cette nouvelle directive) s'élève à... zéro. Et pourtant, on choisit de stigmatiser les tireurs sportifs, chasseurs, collectionneurs, en ne les considérant plus comme dignes de confiance, en les suspectant comme des criminels en puissance, et en les assimilant à des potentiels terroristes.

La société du pire, serait-ce celle où l'offre de divertissement serait presque illimitée ? Nous avons à disposition un nombre pléthorique de chaînes de télévision, de médias, d'informations, d'images. Sommes-nous plus instruits pour autant ? la télé-réalité, les fake news, les contenus futiles ou abrutissants sur YouTube ou ailleurs ont pris le dessus.

Cette société du pire, c'est pour quand ? Ou y sommes nous déjà ? 

Fred Deion

samedi 30 septembre 2017

Reprise de la directive UE 2017/852 restreignant l'achat et la détention d'armes

Le gouvernement suisse vient d'indiquer comment il compte reprendre la directive EU 2017/852 restreignant l'achat et la détention d'armes dans tout l'espace Schengen.

Notamment, les fusils semi-automatiques et les pistolets sont désormais des armes interdites, y compris les armes d'ordonnance suisse, pour lesquelles il faudra demander une autorisation exceptionnelle. Les magasins de pistolets de plus de 20 coups et les chargeurs de fusils d'assaut de plus de 10 coups (!) sont eux aussi soumis à autorisation exceptionnelle. Une clause du besoin est de plus introduite : l'acheteur doit désormais prouver le besoin d'acquérir une arme.

Tout ça pourquoi ? motif officiel invoqué, la lutte contre le terrorisme, quand bien même la plupart des attentats en Europe ont été commis par armes blanches ou des véhicules-béliers. Les seuls attentats commis par armes à feu l'ont été à Paris avec des armes achetées illégalement au marché noir.

Et en Suisse ? elle a le taux de criminalité le plus bas de l'Espace Schengen, alors qu'elle possède presque autant d'armes que de citoyens (la Suisse est le 3ème pays qui a le plus d'armes au monde par habitant, après les USA et le Yémen). Sans que cela pose le moindre problème. Sauf pour la Commission européenne à Bruxelles ?

vendredi 11 août 2017

Nous sommes Suisses, et les Suisses ne rendent les armes qu'avec la vie !

10 août 1972 : Le Roi ordonne aux Suisses de déposer les armes

Le 10 août 1792, abusé par de fausses promesses et des nouvelles contradictoires, le Roi de France Louis XVI décide d’abandonner le château des Tuileries pour se placer sous la « protection » de l’Assemblée nationale. Escorté par une compagnie de soldats suisses commandés par le capitaine d’Erlach et flanqué de cinquante grenadiers des Filles Saint-Thomas, le Roi et sa famille se rendent aux députés de l’Assemblée nationale. Durant d’interminables heures sanglantes, l’escorte du Roi, puis les soldats assignés à la défense des Tuileries vont subir les attaques rageuses d’une foule assoiffée de vengeance. 

Dans la confusion de ces heures sombres, un message du roi ordonnant aux Suisses de se retirer dans leurs casernes sera mal interprété par un émissaire, conduisant les Suisses à se porter au secours du Roi, retenu au sein de l’Assemblée nationale. Arrivés après de lourdes pertes auprès de celui qu’ils avaient tous juré sur leur honneur et leur fidélité de défendre, les Suisses ne peuvent que constater que le Roi a été déchu de ses pouvoirs. Croyant alors pouvoir encore les sauver, le Roi ordonne que les Suisses rendent leurs armes à la garde nationale. Il signe alors l’arrêt de mort de ses fidèles Suisses. 

Son ordre du 10 août 1792 est encore conservé au musée du Carnavalet, voici sa teneur : « Le Roi ordonne aux Suisses  de déposer à l’instant leurs armes et de se retirer dans leurs casernes. » Sur les quelques 950 officiers, sous-officiers et soldats suisses en fonction, 850 furent massacrés entre le 10 août 1792 et le 3 septembre. Ce sacrifice incroyable a été dû à la conjugaison d’ordres d’un roi faible et indécis, à la barbarie d’une foule manipulée par les Jacobins et révolutionnaires de tous clubs, ainsi qu’à la discipline immuable des régiments suisses au service étranger. La nouvelle de ces massacres eut des échos en Suisse où l’indignation la plus vive fut ressentie. Le massacre des Tuileries et le récit des horreurs commises contre les Suisses marquèrent le glas des bonnes relations entretenues entre le Royaume de France et la Suisse (Diète) qui prévalaient depuis 1453, date de la première alliance entre français et suisses. 

10 août 2017 : L’UE ordonne aux Suisses de déposer les armes...

225 ans séparent ces deux injonctions, mais toujours la même volonté derrière ces mots : désarmer ! En 2017, ce n’est plus un Roi de droit divin qui ordonne, mais une commission européenne auto-proclamée, sans aucune légitimité démocratique, dont la toute-puissance frappe aussi bien les Polonais réticents à un changement de lois, les Tchèques empreints de liberté et de sécurité ou encore les Hongrois refusant des contingents de migrants illégaux. 

225 ans mais toujours la même rengaine : Que les Suisses rendent les armes ! 

A ces mots, seule la phrase du sergent Blaser de Soleure peut faire écho : « Nous sommes Suisses et les Suisses ne rendent les armes qu’avec la vie ! » 

Savièse, le 10 août 2017, Robin Udry Secrétaire général de proTELL

Le 7 août 1817, la Diète fédérale ordonnera la distribution d’une médaille commémorative aux 345 survivants du Régiment des Gardes-Suisse de France et en 1818, Karl Pfyffer von Altishofen, un officier du Régiment des Gardes-suisses en congé à l’époque du massacre des Tuileries, organise une collecte de fonds destiné à la création d’un monument en hommage à ses camarades disparus. Entre 1820 et 1821, le fameux Lion de Lucerne est taillé dans une ancienne carrière, rappelant les vertus des soldats suisses au service de France. La devise gravée est la suivante : Helvetiorum Fidei ac Virtuti (À la loyauté et à la bravoure des Suisses). Ce monument est l’un des plus visités de Suisse avec plus de 1,4 millions de visiteurs/an.

Les fausses bonnes nouvelles

Ces derniers temps, les fake news et autres faits alternatifs sont à la mode.
Ce mois de juillet, bienvenue à une autre variante : les fausses bonnes nouvelles.

Quelques exemples :

1) La Grèce réussit son retour sur les marchés, en empruntant 3 milliards d'euros. Pour le gouvernement grec,"un succès absolu", "une réussite totale", "des bases solides". Fantastique.
Avec une dette insoutenable de plus de 320 milliards d'euros, soit 180% de son PIB, qui ose réellement partager cet optimisme ? En dehors d'Athènes, de la Commission européenne et des téméraires, ou mécènes,  qui ont souscrit à cet emprunt ? D'autres resteront convaincus que la vraie bonne nouvelle pour la Grèce aurait été de sortir de l'euro dès fin 2009, pour dévaluer leur monnaie et ainsi réduire leur endettement colossal. En ne reniant pas le dogme de la monnaie unique, Athènes a fait plaisir aux eurocrates, mais n'est jamais parvenue, ces huit dernières années, ni à diminuer sa dette, ni à alléger l'austérité dont est frappée sa population.

2) La Chine pourrait devenir un parmi les premiers pays à supprimer le cash. Fantastique.
Il n'y a en effet déjà plus grand-chose que les Chinois ne paient pas avec leur téléphone portable. En 2016, la valeur des marchandises achetées à partir de terminaux s'est élevée à 5000 milliards d'euro. Le paiement mobile est tellement entré dans les moeurs que certains points de vente chinois n'acceptent plus les billets de banque et affichent le code QR que leurs clients n'ont qu'à scanner pour régler leur transaction.

A mettre en relation (ce qui ne semble pourtant pas être le cas !) avec l'endettement chinois. D'une part, hausse de la dette privée, car des millions de jeunes empruntent grâce aux faibles taux d'intérêts, entraînant une flambée du prix des logements, faisant redouter une bulle immobilière. Subprime bis ? D'autre part, la dette totale du pays est passée de 140% à 260% du PIB en une décennie, également en raison du massif investissement public à crédit dans les infrastructures.

En supprimant le cash, on oblige la population à déposer ses avoirs sur un compte. En cas de crise financière, l'Etat pourra se refinancer en imposant des taux négatifs à toute la population, ce qui reviendra à introduire un impôt sur les dépôts. Alors, les citoyens qui acceptent de céder à leurs gouvernants le pouvoir de contrôler, de manipuler, de confisquer leur épargne, une bonne nouvelle ?


3) Des politiciens et journalistes américains se félicitent du bon fonctionnement des contre-pouvoirs : en réponse à la supposée russophilie de Trump, le Sénat adopte en effet des sanctions supplémentaires contre la Russie. Fantastique.

Conséquences de cette ("bonne") nouvelle : (liste non exhaustive)
  • fragilisation supplémentaire de la présidence américaine, déjà mise à mal par l'échec de la réforme sur l'Obamacare et le déballage des querelles intestines régnant à la Maison Blanche
  • augmentation des tensions entre les deux puissances nucléaires
  • représailles russes, en réponse à "l'insolence" des USA (dixit Poutine)
  • l'Europe devient une victime collatérale des nouvelles mesures américaines, puisque celles-ci prévoient aussi de sanctionner les entreprises qui travaillent sur des pipelines venant de Russie, par exemple en limitant leur accès aux banques et en les excluant des marchés publics aux États-Unis.
Sur ce dernier point, précisons que cinq groupes européens collaborent à la construction d’un gazoduc avec la Russie. Il en va donc des approvisionnements en gaz de l'Europe ! Si cette priorité stratégique a échappé au Sénat américain, elle a fait réagir de ce côté-ci de l'Atlantique. Pour ne prendre qu'un exemple, le chef de la diplomatie allemande a indiqué que "nous n’accepterons en aucune façon l’application extraterritoriale de ces sanctions américaines contre des entreprises européennes". Sera-t-il entendu, et son vocabulaire compris ?

On peut se poser la question, vu la façon de s'exprimer du nouveau directeur de la communication de la Maison Blanche, Anthony Scaramucci (ex Goldman Sachs). Rappelons la vulgarité avec laquelle il a qualifié deux de ses collègues ("putain de schizophrène paranoïaque" pour l'un, insulte grossière à caractère sexuel non publiée pour l'autre).

Rappelons aussi comment s'était exprimée une diplomate américaine au sujet de la crise en Ukraine : "Fuck the EU".

Alors, plutôt que de parler d' "application extraterritoriale de ces sanctions", la diplomatie européenne ne devrait-elle pas changer de terminologie pour être sûre de se faire comprendre par son homologue américaine ? Au hasard, "Fuck the US", semble sonner juste.

L'utilisation d'un tel vocabulaire, voilà ce qui constituerait enfin une vraie bonne nouvelle.

mardi 18 juillet 2017

Alors, ce krach, c'est pour quand ?

En ce mois de juillet chaud et indolent, propice au farniente et à l'insouciance, il aura certainement échappé à certains lecteurs quelques petites phrases entendues ici ou là :

Commençons par les rencontres économiques d'Aix-en-Provence qui viennent de s'achever :

"Il y aura une nouvelle crise, je ne sais pas quand, mais ce dont je suis sûr c'est qu'elle pourrait être un évènement dramatique pour notre style de vie, pour la démocratie et les valeurs libérales", a mis en garde Paul Tucker, ancien vice-gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE).

Depuis la crise des subprimes (2007), "mis à part le fait qu'on ait plus de régulation aujourd'hui, la situation est pire d'un point de vue macroéconomique", a soutenu Alfonso Prat-Gay, ancien ministre argentin des Finances et du Budget. "Les prix de l'immobilier aux Etats-Unis sont revenus à des pics", a-t-il poursuivi, tandis que "les niveaux d'endettement aussi bien dans le secteur public que privé" atteignent des sommets.

Parmi les autres ombres au tableau citées par les experts, "la décennie de taux d'intérêt quasiment nuls a conduit à une prise de risque excessive par certains acteurs, par une survalorisation de certains marchés boursiers", a commenté pour sa part Catherine Lubochinsky, du Cercle des économistes, groupe de réflexion organisant l'événement.

En résumé : taux d'intérêt bas, explosion de la dette, créances douteuses, actions survalorisées : les excès de la finance ravivent, chez les experts réunis à ces rencontres économiques, les craintes d'un nouveau choc mondial, dix ans après une crise qui a bouleversé la planète.

Pendant cette dernière décennie, l'endettement des sociétés françaises non financières est ainsi passé de l'équivalent de 50% à 70% du produit intérieur brut (PIB), a affirmé la semaine passée l'Autorité des marchés financiers. "Une exception en Europe" qui pourrait se traduire par des "problèmes de solvabilité" en cas de remontée des taux ou de "choc sur l'économie".

Egalement la semaine passée, le Fonds monétaire international (FMI) a alerté de son côté sur les "risques négatifs" que peuvent représenter pour l'économie globale "l'incertitude sur les politiques dans les économies avancées" mais aussi "les vulnérabilités du secteur financier et un soudain durcissement des conditions financières".

Ailleurs en Europe, les problèmes des secteurs bancaires, notamment en Italie et au Portugal, continuent d'inquiéter. "Il n'est pas normal que des difficultés localisées pèsent à ce point sur l'image d'ensemble d'un secteur bancaire européen", a regretté le banquier central François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, toujours la semaine passée.

Et outre-Atlantique ? La Maison-Blanche a fait un pas de plus vers un allègement de la régulation bancaire en désignant M. Quarles comme régulateur en chef et en charge de la supervision. La désignation de ce financier bienveillant envers les grandes banques donne une nouvelle impulsion à la volonté de l'administration Trump d'alléger les garde-fous mis en place après la crise financière de 2007-2008 par la loi Dodd Frank (ces règles visent à éviter qu'une grande banque ne soit "trop importante pour faire faillite" (too big to fail) et qu'elle puisse être sauvée par l'argent des contribuables en cas de crise).  Dans une tribune au Wall Street Journal en 2016, M. Quarles s'était élevé "contre les conséquences d'une augmentation considérable des fonds propres des banques équivalant à une hausse du coût des crédits bancaires". L'administration Trump et des élus républicains veulent aussi alléger les tests de résistance des grandes banques et minimiser, voire faire disparaître, la règle "Volcker", qui limite la spéculation des banques pour leur propre compte. Même Mme Yellen (présidente de la Réserve fédérale) a mis en garde récemment contre la tentation de déréguler en oubliant les ravages provoqués par la crise financière de 2008.

Et en Chine ?  Pour assouvir leur soif de consommation, des millions de jeunes Chinois s'endettent sans compter, au point d'inquiéter le monde de la finance. Les faibles taux d'intérêt les encouragent à s'offrir des voitures neuves : le crédit auto augmente de 40% par an. La flambée du prix des logements fait également redouter une bulle immobilière. Ainsi, les emprunts des ménages ont augmenté de 19% en moyenne par an depuis 2011. A ce rythme, la dette des ménages doublera pour atteindre 8.600 milliards d'euros en 2020, en raison de l'abaissement des critères d'attribution de prêt aux particuliers. Subprime bis ?

En une décennie, la dette totale du pays est passée de 140% à 260% du PIB. L'investissement à crédit dans les infrastructures et l'immobilier a soutenu la croissance rapide de la Chine. Mais l'inquiétude augmente quant au fait que ces années de crédit gratuit pourraient conduire à une crise financière aux implications mondiales. Et le ralentissement de l'activité économique inquiète les marchés: l'agence Moody's a récemment abaissé la note de la dette chinoise, pour la première fois depuis près de 30 ans. L'agence Fitch estime elle que "des niveaux d'endettement élevés et croissants constituent un risque significatif" et "augmente la probabilité de chocs économiques et financiers". Le FMI s'est lui aussi inquiété le mois dernier des risques financiers qui pèsent sur le pays.

Alors, ce krach, c'est pour quand ? En mettant toutes ces pièces de puzzle ensemble, l'image finale sera celle d'un "perfect storm"  lorsqu'elle sera complète. Dans quelques mois ou dans quelques années ?

L'histoire récente des krachs peut nous aider à répondre :
  • l'euphorie des années 1980 a connu un terme avec le krach du lundi noir du 19 octobre 1987
  • 13 ans plus tard, l'éclatement de la bulle internet a débouché sur le krach de 2000-2001
  • 7 ans plus tard, la crise subprime a déclenché le krach de 2007-2008
Au vu de cette périodicité, et de la situation actuelle (présence de nombreuses bulles, endettement mondial, crise dans la zone euro (déclenchée par le défaut grec) et de banques européennes, dérégulation aux USA, bombe à retardement chinoise...), nul besoin d'être grand prophète pour prévoir le prochain krach au plus tard dans les années 2020, si pas avant. Mais attention, plus on tombe de haut, plus ça fait mal : ce sera the Big One, LE krach.

dimanche 16 juillet 2017

Schengen et la directive européenne sur les armes

Article écrit par Frank Leutenegger, publié sur https://swissguns.ch/ et repris avec son aimable autorisation.

"Le Conseil fédéral et tous les politiciens favorables à un durcisseent des lois sur les armes affirment qu'un refus d'appliquer le droit européen entraînerait automatiquement la fin de l'accord de Schengen pour la Suisse. Les défenseurs d'un droit libéral sur les armes sont persuadés du contraire. Alors ? La réponse est à la fois "oui" et "non".

Schengen, qu'est-ce que c'est ?

L’accord de Schengen a été signé le 14 juin 1985 par cinq des membres de la Communauté européenne d'alors : l'Allemagne de l'Ouest, la France et les pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg), pour créer un espace de libre circulation des biens et des personnes. Quand la Suisse y a adhéré, on a laissé de côté les marchandises.

Au départ, il s'agissait donc simplement d'un accord de libre circulation. Mais les dirigeants européens ont voulu des mécanismes de sécurité, pour éviter la libre circulation des gangsters, des armes, de la drogue, etc.

Et c'est là que tout a dérapé. Au lieu d'établir quelques règles simples, Bruxelles a pondu quelques "monstres":
- le système SIS (Système d'Information Schengen), un méga fichier informatique pour recenser les criminels de l'Europe, mais que certains pays ont utilisé pour ficher, par exemple, les propriétaires d'armes. Ce qui a entraîné, une fois, en Allemagne, une interpellation musclée d'un brave automobiliste, coupable de faire du tir sportif en France. A retenir que les autorités suisses contribuent à l'alimentation du fichier SIS, mais ont toutes les peines en avoir des retours;
- l'autre monstre, c'est bien sûr la directive européenne sur les armes. Le projet de base de 1991 pouvait être considéré - d'un point de vue européen, pas suisse bien sûr - comme raisonnable. Mais chaque socialiste, chaque écolo (chaque rouge, pour simplifier) a tenu a ajouter son idée sécuritaire.

Résultat ? Un galimatias qui fait rigoler criminels et terroristes, mais qui fait suer tous les propriétaires d'armes honnêtes. Mais ce recueil de stupidités fait désormais partie de l'acquis de Schengen, que la Suisse a à cœur de reprendre. Et donc, la Suisse adapte son droit national pour se plier à ces "développements"... et si on n'y prend garde, ces "développements" vont se succéder, jusqu'au désarmement final.

Alors, sommes-nous obligés ou non de reprendre ce fatras ? Le Conseil fédéral lui-même explique sur son site internet que non: "La Suisse peut décider de manière autonome si elle désire reprendre ou non un nouvel acte juridique de l’acquis de Schengen". Et si nous refusons de reprendre la "Dîrêctîve", le même site précise que : "Si la Suisse refuse de reprendre un nouvel acte juridique, elle recherche avec l’UE une solution adaptée pour poursuivre la coopération". Mais il est vrai que si on ne trouve pas de point d'entente, "si aucun compromis n’est possible, l’accord peut, en dernier recours, être dénoncé".

Il est évident qu'en cas de référendum, Bruxelles et Berne feraient pression dans ce sens. Mais, si les Suisses refusaient les modifications prévues, que se passerait-il ? Le Conseil fédéral proposerait sans doute une version light, comme celle de l'application de l'initiative contre l'immigration de masse. Nous devrions alors être prêts à imposer notre version d'un accord avec l'Europe... par exemple ne pas supprimer la libre circulation des personnes, mais celle des armes (à affiner sérieusement). Et nous avons de sérieux atouts, quand on sait que la Suisse est actuellement le plus gros investisseurs dans l'Union européenne, 55 milliards d'euros en 2016 !

Et si on cassait tout ?


Cela dit, si Schengen devait sauter, quel serait le degré du malheur ? Les mêmes qui nous prédisaient chômage, disette et récession en 1992, lors du vote sur l'EEE, entonnent aujourd'hui la même chanson sinistre. Retour des contrôles aux frontières... les frontaliers empêchés de venir travailler chez nous... Euh, les mêmes admettent que seuls 3 % des étrangers étaient contrôlés aux frontières. Effectivement, je ne me souviens pas de files d'attente à la frontière franco-suisse, comme il y en a toujours à l'est entre membres et non membres de Schengen.

Donc nous reviendrions à la situation d'avant 2008. Les frontaliers entraient en Suisse, les Suisses allaient en Europe jouer aux touristes. Rien de plus. Je n'ai pas souvenirs d'enfants suisses pleurant de misère devant l'Europe triomphante.

Si... il y a quelque chose de plus. Quand le Conseil fédéral nous a vendu Schengen, il a annoncé une facture de moins de 7,5 millions de fr. par an. Un joli mensonge, justifié par la chef du DFJP, Simonetta Sommaruga, qui a admis à la RTS qu'on avait "mal évalué" ces coûts. Aujourd'hui, on en est à plus de 100 millions par an et l'Europe nous réclame encore cet été (2017) une rallonge pour aider nos cousins de l'est. Combien ? Mystère. Il y environ 3 milliards de francs à répartir et on attend beaucoup de la solidarité suisse."

Frank Leutenegger

Le peuple suisse sera-t-il le seul à s'opposer à cette directive ? (La France l'a déjà reprise dans son droit national) Sur le même site https://swissguns.ch/ on peut aussi lire : 

"Le parlement tchèque vient de voter ce 28 juin, à une écrasante majorité (139 sur 168), une loi qui permet aux citoyens d'acquérir librement armes et munition, même sans permis. Elle a été entérinée pour contrer officiellement l'initiative de l'Union européenne.

La république tchèque compte déjà plusieurs centaines de milliers de citoyens au bénéfice d'un permis de port d'arme, environ 3% de la population. Ces personnes sont généralement perçues non comme un danger, mais comme un atout pour la sécurité publique.

Dans le même esprit, il y a deux semaines, le ministre de l'Intérieur, Milan Chovanec, annonçait que la République tchèque allait déposer d'ici à la mi-août une plainte auprès de la Cour de Justice de l'UE contre les nouvelles règles européennes en matière d'armes.

"Nous ne pouvons pas permettre que l'UE, sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, s'immisce de manière inadéquate" dans les affaires des Etats membres et de leurs citoyens, avait déclaré M. Chovanec, dans un communiqué, rendu public à l'issue du conseil des ministres à Prague.

Voila qui va beaucoup plus loin que la "mise en œuvre pragmatique" de la directive européenne, prônée par le Conseil fédéral. Voila qui montre qu'il reste en Europe des gens qui sont prêts à assumer la responsabilité de leur liberté."

Frank Leutenegger

samedi 15 juillet 2017

Homme versus nature : sommes-nous prêts à être conquis ?

Quelques extraits du dernier et excellent article de Dmitry Orlov, publié sur le net :

"Depuis un peu plus de quatre siècles, à partir des années 1600, le récit dominant en Occident a été « La conquête de la nature par l’homme ». De là, cette histoire s’est répandue dans le monde entier comme l’« Homme » a vaincu tous ceux qui se tenaient devant lui. Et même maintenant, alors que l’Occident entre dans sa sénescence, déchiré par des conflits internes, défaillant démographiquement, débordé par les migrants d’un large éventail d’États faillis et organisant des catastrophes environnementales à l’échelle planétaire, cette croyance inaltérable des victimes de l’éducation publique autour du monde demeure : « Le but de la nature est de servir l’homme ».

Cette croyance est en contradiction avec la nature car il s’avère, dans le schéma naturel des choses, que la fonction de l’homme est celle d’être mangé et que seuls quelques chanceux pourront finir fossilisés accidentellement. Ces jours-ci, beaucoup d’entre nous sont transformés en cendres, pour économiser de l’espace – un processus de gaspillage, biologiquement parlant – mais normalement, si on est enterré, notre destinée est de nourrir les vers, les insectes et autres décomposeurs, alors que si on tombe sur le sol même, des corbeaux, des vautours, des rats et divers autres charognards ne seront que trop heureux de se régaler de nous.


Mettez cela dans une perspective appropriée et en finir avec nous n’est même pas une tâche si insurmontable. Tassé par un compacteur et empilé en blocs d’un mètre cube, toute l’humanité pourrait entrer dans un cube d’un peu moins d’un kilomètre de côté. Étalés uniformément sur toute la surface de la Terre, nous formerions un film d’à peine un micron d’épaisseur – indétectable sans équipement spécial et facilement digéré par le biote biologique de la planète. Comparez cela aux épais tapis microbiens qui ont donné lieu à des dépôts de pétrole brut que nous brûlons actuellement à une vitesse vertigineuse : l’homme moyen brûle huit fois son poids corporel en pétrole brut chaque année.

C’est le pétrole brut, ainsi que le charbon, le gaz naturel et l’uranium, qui multiplient notre puissance insignifiante à un point où les résultats de notre activité deviennent visibles de l’espace extra-atmosphérique sur de vastes étendues de la surface de la planète. Si on prend les chiffres, il s’avère que le pétrole brut consommé nous permet de multiplier notre énergie physique et endosomatique par environ 44 000 000. Ajoutez du charbon, du gaz naturel et de l’uranium, et vous obtenez environ un facteur d’amplification de nos pouvoirs physiques d’une  centaine de milliers. C’est cela qui a permis la récente « conquête de la nature » par l’homme. Sans les combustibles fossiles, la meilleure énergie exosomatique que nous pouvons exploiter, c’est un équipage de deux chevaux, bœufs, buffles d’eau ou ce que vous avez sous la main. Au delà, cela devient difficile à gérer pour un seul humain. Les chevaux et les autres grands ruminants multiplient notre pouvoir d’un facteur 15 ou plus. Mais déjà cela, si vous y pensez bien, c’est beaucoup.

On sait que l’amplification par cent mille de nos maigres pouvoirs physiques grâce aux combustibles fossiles va diminuer avec le temps, nous laissant avec quelques chevaux sur lesquels nous replier si nous sommes chanceux. Passer d’un facteur cent mille à quinze va sûrement être un choc pour certaines personnes, ce qui leur fait prétendre que cela va sonner la fin de la civilisation humaine. D’autres affirment que la civilisation humaine est condamnée parce que brûler environ la moitié de tous les combustibles fossiles récupérables en seulement quelques siècles a déstabilisé le climat. Comme si cela ne suffisait pas, le professeur Guy McPherson  prédit hardiment que les humains vont s’éteindre avant le 1er janvier 2026 (qui tombe un mercredi). Et à l’autre extrémité du spectre des illuminés qui font des prédictions désastreuses, nous trouvons le professeur Stephen Hawking. En écoutant la radio, je l’ai récemment entendu proclamer, de sa voix robotique vintage, que Trump décidant de quitter l’Accord de Paris sur le changement climatique pourrait finir par faire ressembler la Terre à Vénus, avec des champs de lave et des pluies d’acide sulfurique. Il a dit que nous ferions mieux de commencer à réfléchir à construire des colonies dans l’espace si nous voulons survivre.

Je suis profondément en désaccord avec tout ce qui précède. Pour savoir où je me situe et, plus important encore, pour savoir où vous, vous vous situez, commençons par examiner la suggestion de Hawking selon laquelle la Terre peut finir par ressembler à Venus simplement en brûlant des combustibles fossiles. Il y a très très longtemps la Terre avait une atmosphère sans oxygène. À cette époque, elle était également exempte d’animaux, car il n’y avait rien pour respirer, mais au fil du temps, une flore importante est apparue, sous forme d’algues et d’amas microbiens, qui ont photosynthétisé et photosynthétisé, et ont évolué en divers types de plantes, qui ont continué à photosynthétiser jusqu’à ce que l’atmosphère de la Terre soit remplie d’oxygène, tandis que le CO2 devenait une simple trace chimique.

Beaucoup de ces premiers organismes issus de la photosynthèse ont été enterrés dans la croûte terrestre. Un petit pourcentage d’entre eux ont été transformés en combustibles fossiles, les autres se décomposant ou formant de vastes dépôts de matière organique diffuse économiquement inutilisable. Un petit pourcentage de ces dépôts qui se sont révélés technologiquement accessibles pour nous, nous ont permis de creuser, de pomper et de brûler environ la moitié de ce pourcentage. A aucun moment, la Terre n’a approché le climat de Vénus, pas même quand elle était dépourvue de vie, ni lorsqu’elle était pleine de plantes photosynthétisées primordiales qui étaient occupées à changer l’atmosphère, de riche en CO2 à pauvre en CO2 et riche en oxygène. Il est donc raisonnable de penser que l’atmosphère ne finira pas par devenir comme celle de Vénus même si nous finissons de brûler tout le carbone sur lequel nous pourrions mettre la main.

Cela dit, les changements climatiques sont très réels, et ceux qui nient cette réalité appartiennent malheureusement au grand contingent de personnes dont l’accomplissement personnel consiste à gêner sans cesse des gens qui ne seront jamais comme eux. Nous allons faire face à de nombreux siècles de changements climatiques profonds : les inondations côtières, la désertification des terres agricoles, les glissements de terrain et les inondations causées par les pluies torrentielles, plus d’autres types de phénomènes météorologiques, de tremblements de terre et de tsunamis déclenchés par la fonte glaciaire, etc. Physiquement parlant, le changement climatique est tangible, mesurable, observable et indéniable.

Mais le changement climatique d’un point de vue politique est un canular. Les efforts politiques visant à lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions de carbone et en investissant dans les « énergies renouvelables » ne sont utiles que pour alimenter diverses formes de corruption : des projets d’une vanité stupides comme ceux de Tesla et d’autres dont les véhicules électriques, dans une comptabilité honnête, augmentent plutôt que ne réduisent les émissions de carbone ; des moyens de gaspiller l’argent public pour des parcs éoliens et des fermes de panneaux solaires qui deviendront inutiles une fois que la fabrication d’équipements électriques (fonctionnant grâce aux combustibles fossiles) qui entraîne la demande d’électricité va baisser ; les biocarburants et divers types de non-sens liés à la haute technologie. Un effort significatif pour conserver ce qui reste du statut quo climatique impliquerait de réduire la consommation de combustibles fossiles à zéro immédiatement, et aucun politicien n’ira jamais proposer cela. Ainsi, l’idée que les politiciens feront tout ce qui est utile pour lutter contre le changement climatique est juste un rêve.

Ensuite, regardons la suggestion de Hawking selon laquelle nous devons construire des colonies spatiales et évacuer la Terre. (...) Combien de colonies spatiales allons-nous construire, et combien de personnes vont-elles abriter ? Plus important encore, quel genre de personnes seront-elles ? De toute évidence, pour recueillir suffisamment d’argent pour construire même quelques colonies spatiales capables de loger quelques centaines de personnes, il faudrait des milliards de dollars, et les seuls personnes avec ce genre de ressources à épargner sont les plus riches. Cela répond à la question de savoir qui habiterait ces colonies : les über-riches – les mêmes gens qui dépensent actuellement des millions pour le tourisme spatial. (...) Mais je ne vois pas cela comme un développement particulièrement probable. Le problème avec les colonies spatiales, outre leurs coûts énormes et le manque de technologie éprouvée pour les construire et les lancer, c’est qu’elles doivent être construites sur Terre, par des ingénieurs et des techniciens terriens. Il n’y a pas d’installations ou de matériaux pour les construire dans l’espace. Toutes les fournitures et les pièces de rechange doivent être fabriquées et réapprovisionnées depuis la Terre. Une fois que la civilisation humaine ne sera plus là à la surface de la planète, que deviendront les colonies de l’espace ? Elles manqueront de nourriture, d’eau, d’oxygène, de pièces de rechange et de sang frais (la reproduction humaine dans l’espace doit encore être tentée).

En ce qui concerne la colonisation d’autres planètes, Venus sus-mentionnée n’est pas un candidat et ni Mars après une sobre réflexion. Il y fait trop froid, l’atmosphère est trop mince, la gravité trop faible et le rayonnement trop fort. Mars est un piège mortel. Il n’y a pas d’autres candidats. Jusqu’à présent, les faits me donnent raison : les riches paranoïaques n’investissent pas dans les colonies spatiales. Au lieu de cela, ils mettent beaucoup d’argent sur la table pour des bunkers souterrains et des abris dans des endroits éloignés. À partir de toutes les données disponibles, il semble qu’ils envisagent de faire leur dernier effort ici sur Terre, pas dans l’espace. (...)

Mis à part les problèmes d’un certain milieu culturel menacé, je constate clairement que, une fois l’extravagance des combustibles fossiles terminée et que les systèmes de soutien à la vie qui dépendent des combustibles fossiles auront échoué, une vaste mortalité s’ensuivra. Un très grand nombre de personnes ne vont se disputer aucun combat. Après avoir été conditionnées toute leur vie à obéir aux autorités, pour être prises en charge en retour, elles se tiendront là avec patience ou impatience, en attendant l’aide et les instructions venant d’en haut, instructions qui ne viendront jamais.

Mais il y a beaucoup de gens autonomes et accoutumés à vivre près de la nature, et certains d’entre eux vont bien. Il y a aussi certaines personnes qui sont, par nature, proches de la nature sauvage, et elles vont prospérer. Avancez de quelques milliers d’années, et il y aura encore des humains autour de vous, non plus des conquérants de la nature, mais plus une curiosité mineure en son sein : des singes bipèdes nus qui bavardent. Ils ne vont plus conquérir grand chose, ayant déjà utilisé toutes les ressources naturelles non renouvelables sur lesquelles ils pourraient mettre la main pendant leur faible durée de vie de quelques millions d’années comme espèces de mammifères. Mais étant très adaptables et ingénieux, ils trouveront des moyens de survivre.
Ils vont chasser, pêcher, rassembler des fruits et des légumes sauvages, et manger des larves et des insectes s’ils le doivent. Ils vont occuper des journées entières et des mois à se raconter des histoires, à chanter des chansons, à élever des enfants et à passer de bons moments. Quelle chance ils auront, plus besoin de se raser, de se doucher ou d’utiliser des déodorants. Ils n’auront aucune conception de l’inviolabilité de la propriété privée ou de l’espace personnel, et auront tendance à être désinhibés et directs dans leur choix de partenaires sexuels. Donc peut-être que vous ne voudriez probablement pas les voir trainer autour de chez vous et vous pourriez peut-être penser à eux comme à des « sales hippies » ou même comme à des « brutes ». Mais ce n’est pas important. Il n’est pas non plus important qu’ils souhaitent que vous, vous viviez dans le coin : nous, les humains, avons peu d’utilité pour d’autres tribus humaines, à l’exception de quelques  raids et captures de fiancées. Ce qui est important, c’est : êtes-vous prêt à être conquis par la nature  ? Parce que vous devriez peut-être travailler là-dessus."

dimanche 4 juin 2017

bye bye America

(article publié le 4 juin et mis à jour le 8 juin)

Lors de son premier voyage à l'étranger, Trump a joué plusieurs rôles qui méritent d'être relevés :
  1. Premier rôle de Trump, représentant de commerce du complexe militaro-industriel américain en Arabie Saoudite, où il a par ailleurs condamné le soutien iranien au terrorisme. C'est ne pas tenir compte de la lutte de l'Iran chiite contre l'Etat Islamique sunnite. C'est ne pas tenir compte non plus du soutien dont bénéficie ce même Etat Islamique de la part de certaines pétro-monarchies sunnites, mais comme ces dernières signent de juteux contrats, l'oncle Sam ferme les yeux, tourne la tête ailleurs et ce faisant, accepte de pactiser avec le diable (ajout lors de la mise à jour du 8 juin : entretemps, l'Iran est victime d'un attentat de l'Etat Islamique commis à Téhéran, et 10 pays du Golfe et d'ailleurs rompent leurs relations avec le Qatar, en donnant pour raison son soutien au terrorisme. Bien que ce motif soit avéré, que dire de l'Arabie Saoudite qui mène cette fronde contre son voisin qatari, si ce n'est qu'elle diffuse l'Islam le plus radical dans le monde entier depuis des décennies en toute impunité ?)
  2. Deuxième rôle de Trump lors de ce voyage : allié indéfectible d'Israël, sans un mot sur les violations des droits de l'homme, la grève de la faim des prisonniers palestiniens, la poursuite de la colonisation, la situation dans les territoires occupés, etc.
  3. Troisième rôle de Trump lors de ce voyage : ex-allié des pays d'Europe de l'Ouest, en refusant de s'engager sur l'assistance mutuelle entre pays membres de l'OTAN, prévue par l'article 5 du traité de Washington, ce qui a fait dire à Mme Merkel : "L'époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasiment révolue. Nous devons nous battre pour notre propre destin." Réponse de Trump en allusion au déficit commercial avec l'Allemagne et à l'insuffisance de leurs dépenses militaires : "Very bad for the US". Réponse du ministre allemand des affaires étrangères : "Il ne s'agit plus de la nation la plus importante dans le monde". Et ainsi de suite, la guerre des mots continue, par tweet, communiqué ou interview interposé...
A son retour à la Maison Blanche, Trump annonce le retrait des USA de la COP 21, accord de Paris sur le climat (comme une diversion aux affaires ? ajout lors de la mise à jour du 8 juin : entretemps, l'audition au Sénat de l'ex-directeur du FBI James Comey a eu lieu, témoignage accablant constitutif d'obstruction à la justice). En attendant ce nouveau scandale, ce retrait de la COP 21 provoque un tollé planétaire, des dégâts d'image considérable, un probable isolement US sur la scène internationale et une perte conséquente de l'(ex)leadership mondial américain.
Les pays d'Europe occidentale semblent enfin en prendre conscience. Vont-ils définitivement cesser d'être les laquais de Washington et se détourner de l'Ouest au profit de partenariats à l'Est plus fiables et plus crédibles, et reposant sur une base plus équilibrée ?

Les pays avec qui les européens auraient tout intérêt à se rapprocher sont légions. Citons la Russie (Gazprom fournit un tiers du gaz européen), l'Inde (L'UE est son premier partenaire commercial), la Chine (promotrice de la "nouvelle route de la soie", liaisons routière et ferroviaire entre l'Europe et la Chine, dont c'est l'une des priorités), l'Iran (l'accord sur le nucléaire iranien et la réélection du président Rohani permettent d'envisager un approfondissement de leurs liens commerciaux), la Turquie (l'Europe bénéficie déjà de l'accord signé avec Ankara sur les réfugiés et l'immigration), mais aussi la Corée du Sud et l'Indonésie.

Fred Deion